Mauritanie : M. Gaye TRAORE président ARMEPES-France répond à nos questions sociales et sociétales.

1-Guidumakha.com : Bonjour M. le président Gaye TRAORE, présentez vous à nos lecteurs,  présenter également l’ONG ARMEPES-France et Ganbanaaxu Fedde ?

Bonjour  Guidumakha.com , merci de m’avoir donné l’occasion de présenter  notre ONG Armepes –France  et le mouvement  Ganbanaaxu fedde   .Pour répondre  à votre question  rigoureusement , je m’appelle Gaye Traore  autrement  GAYE TENE pour les intimes. Je suis natif de la ville de Sélibaby , cette ville me  tient  particulièrement à cœur et beaucoup de nos cadres du Guidimakha doivent à cette  ville et à ses structures scolaires. Je fais des études en lettres modernes   à la faculté des lettres et sciences humaines de Nouakchott  avant de poursuivre  un Master2 en sciences de l’Education option : « POUVOIRS –DISCOURS ET SOCIÉTÉS  »  à Créteil Université actuel UPEC. Quant à l’ONG ARMEPES-France , elle est  née  à la suite d’un affront -en tout  cas nous l’avons senti  ainsi et il ne peut en être autrement – d’un érudit  de la communauté Soninké basé en ARABIE SAOUDITE qui  a fait  un très long exposé  sur l’esclavage  et celui de la communauté Soninké

Plus précisément.

On peut écouter une partie de l’exposé sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=LcXt1j4Vcl4, la morale tirée de ce long exposé   est la justification de la pratique de l’esclavage  dans notre SONI KARAA. A partir de mars 2008  nous avons commencé  de faire des réunions de sensibilisation  dans les différents foyers de travailleurs immigrés dans  PARIS et aux alentours. De ces consultations, est sortie  Association mauritanienne pour l’éradication des pratiques de l’esclavage et ses séquelles-France   ayant  comme sigle ARMEPES-France, notre objectif premier est de débarrasser notre SONI KARAA de toutes  ses tares liées à la féodalité, au système de castes, à  l’hiérarchisation entre personnes ayant vécu ensemble depuis des nombreuses années. Notre ONG ARMEPES-France était raillée au début, on nous donnait  comme champ d’action  que le combat  contre les LAADA ( pacte subtil de domination ,qui se traduit par un échange de travaux  domestiques lors des cérémonies de mariages , de baptêmes ou de décès entre  ancien maître et ancien esclave ou maître  et esclave ) comme si nous avions une myopie de la condition  humaine. Alors que nous avons un plan d’action vaste et varié  dont les réalisations  sont nécessaires et vitales pour la communauté  SONI KARAA.

Quant à Ganbanaaxu fedde  c’est un forum transnational qui embrasse la Mauritanie, le Mali, la Gambie et le Sénégal  ainsi que toute la Diaspora SONINKE  à travers le monde. Ganbanaaxu fedde est  le fruit D’ARMEPES-France , notre devise est l’égalité  en DIGNITE et en DROITS  dans nos communautés respectives ,  qu’un patronyme ne soit pas un passe droit et qu’un autre ne  soit l’objet de rejet , de discrimination cela est inadmissible  en ce XXIème siècle .La charpente de SONI KARAA est basée sur la catégorisation  patronymique et déterministe  qui fait  que certains  naissent  nobles de statut , d’autres esclaves ou esclaves statutaires. C’est ce que  j’ai appelé sur la chaîne  Télésud en décembre 2016   : ASSIGNATION PATRONYMIQUE !

Cette assignation patronymique  qui fait certains postes   se font inaccessibles car pour représenter la communauté , il faut un patronyme  qui ne peut être à consonance Bambara par exemple  ou il  faut  être   dans la  moule de la  rotation patronymique en vigueur dans l’ordre féodal intracommunautaire quand il s’agit des nominations ministérielles :  https://www.youtube.com/watch?v=rbksq8xchC8&t=43s

(visionner cette séquence vidéo et tirez –en   belle morale) .

Encore   on entend certains membres de la féodalité soninke  dirent   être maire  c’est être chef de village, n’est ce pas là une bravade  de la république ? Ce discours existe   toujours même  s’il n’est tenu  qu’en  cercle restreint  avec  la plus grande attention  possible [rires].

2- Comment est-il venu l’idée de créer les forums Ganbanaaxu Fedde sur Whatsapp ? Pourquoi les groupes dérangent voire agitent certains hommes politiques et les milieux extrémistes conservateurs féodaux  Soninké?

Un certain moment dans  la vie de toute organisation  il y a de la mollesse,  du relâchement   et pour relancer   la dynamique  des débuts de ARMEPES-France, il m’était  impératif   en tant que secrétaire général à l’époque d’imaginer  une solution  à ma portée. Je  vous rappelle que  j’ai été secrétaire général de ARMEPES-France  depuis sa création  jusqu’en novembre 2016, date de ma désignation  en tant que président de ARMEPES-France. Donc Ganbanaaxu fedde  sur Whatsapp   a été conçu pour redynamiser  et faciliter  la  communication entre les membres de ARMEPES-FRANCE .Très  vite  en deux  mois ce groupe WhatsApp  crée    pendant une heure creuse   sur mon lieu de travail   un  après midi du 05 Octobre 2016  a eu   un succès  transnational. Ses membres  dépassent la  communauté mauritanienne. Un nouveau lien s’est  tissé entre les esprits progressistes de  SONI KARRA , toutes fonctions  sociales confondues .Revenons  au second volet de votre questionnement , la société SONINKE  a ses codes de valorisation sociale   qui ne reposent  pas  sur notre fonction  sociale d’utilité commune , comme médecin , avocat , ingénieur , enseignant  entre autres .On a beau avoir  la qualification  et la promotion que l’on veut dans sa vie professionnelle , cela n’est pas suffisant pour être valorisé dans notre SONI KARAA , car  comme cité plus haut , on naît  esclave ou  noble .Un  ami issu d’une illustre famille maraboutique de PODOR m’a dit  au boulot  ça ( système de castes  )   TRAORE  , on ne peut pas le changer et ma réponse  était : si on a pu combattre l’ignorance , on peut le changer car cela relève de l’ignorance et le débat est clos. Voilà pourquoi les conservateurs extrémistes  veulent que les choses  restent comme depuis  l’anté MEDI KAAMA KANOUTE philosophe et sage soninke !Et à ce titre  notre philosophe et sage soninke  disait  ceci en  SONINKE : «    NA GANBANAAXU SEBETINDI O ME NAXAA A WA KEFINII LADAA SIRU » en traduction approximative sous le contrôle  du sage  Yero Sylla :mettre l’égalité en dignité et droit entre nous  fait partie des bonnes pratiques culturelles  à promouvoir .

Notre société SONI KARAA est réfractaire  à toutes réformes,  c’est ce qui explique  l’animosité  , la mauvaise foi , les calomnies , les intimidations, les agressions contre nos membres  et les tentatives de sabotages du mouvement  Ganbanaaxu mais  notre constance  dans nos  principes et la clarté dans  notre projet de société  que nous n’avons pas sous le manteau , qui n’est pas un discours  que nous tenons en cachette ,  constituent notre bouclier .Certains avaient regroupé des dizaines  milliers d’euros  pour casser le mouvement , ces milliers d’euros ont disparu à Nouakchott , certains de nos membres ont perdu leur boulot , d’autres se sont vu refusés les services religieux de nos marabouts pour de problème de sociétés , certains de nos membres ont  été expropriés  car faisant partie de notre communauté Ganbanaaxu fedde qui demande l’égalité en dignité et en droit. Le troisième volet est relatif aux politiques, à ce niveau  la lecture est simple  la couche d’extraction servile  est considéré très longtemps  comme la clientèle politique pour ne pas dire le « cheptel  votant» , pour  maintenir ce cheptel en situation d’homme-chameau selon Nietzsche qui blesse son orgueil pour mettre en dérision sa sagesse, on  met en avant les tribus , BARANE , BOTOKHOLO , HAYANE  HOKOLOU , maure  versus SONINKO, peulh versus SONINKO …En un mot ces tendances politiques  datent depuis très longtemps. Une  partie de ma famille   a gardé des traces indélébiles de l’affrontement politique  entre YAYA KANE et DJERMOUNA SOUMARE. La docilité  des descendants d’esclaves   fait de certains politiciens  des barons politiques incontestés dans leurs fiefs respectifs. Tout discours  , surtout nouveau venant des gens de Ganbanaaxu  remettant en cause cette réalité  fait face  à une calomnie ,  une intimidation  comme  le cas de DAFORT , où   le chantier d’un hangar privé a été suspendu sur décision du ministère de l’intérieur  sur injonction des cadres  de DAFORT selon la dernière polémique  éclatée sur les réseaux sociaux , un communiqué à cet effet a   été fait  à l’adresse des autorités publiques par la Communauté Ganbanaaxu de DAFORT .

3 -Avez-vous  reçu des menaces de mort, d’atteinte à votre vie ou à celle de vos membres ?

Les  menaces de morts   sont courantes,  les insultes , les  menaces d’attaques  mystiques  qui me font sourire ,   mais ces attaques datent bien avant le FORUM GANBANAAXU FEDDE,   à  mon encontre  c’est depuis la création de ARMEPES-France  en 2010  et le lancement  de notre site internet :www.mauritanie-egalite.org.Certains  me disent de ne pas trainer seule  ,mais  je suis croyant  ce qui doit arriver ,arrivera  à l’heure décrétée !

Comme cité dans ma précédente  réponse certains de nos   membres  ont été agressés  à MODIBOUGOU  , le vieux  FILY CISSOKHO ,  à DIANDIOUME côté malien le  vieux MOUNTAKHA DIARRISSO a  été violemment  agressé .Toutes ces agressions n’ont pas eu des issues dissuasives  car toute république doit combattre  les pratiques esclavagistes  et  faire  appliquer les lois en ce sens . Toutes  ces affaires  ont été  étouffées  en tout cas pour celui de MODIBOUGOU suite  à des fortes pressions diverses et d’autres missions mystérieuses dites conciliatrices .Pour celui de MODIBOUGOU ,  l’influente tribu OULAD NASSR  a eu raison de la résistance  du vieux Fily Cissokho , quant à DIANDIOUME  , le vieux  MOUNTAKHA DIARISSO  , est entrain d’être convoqué de gauche à droite  alors que c’est lui la victime d’agression : son seul délit refuser toutes pratiques esclavagistes  et tenir des réunions de sensibilisations  dans sa maison.

4 –Décrire pour nous, comment se définit  l’esclavage ou ses séquelles dans le milieu soninkara ? Est-ce que les autorités Mauritaniennes ont pris en compte vos revendications ?

Dans la société SONI KARAA  la pratique esclavagiste varie  en fonction  des zones géographiques,  elle est subtile    au premier regard  mais tout aussi révoltant , dans certains villages du  KINGUI MALIEN  , certains esclaves  cultivent encore les samedis pour leur maître pendant l’hivernage  c’est l’agression de MOUNTAKHA DIARISSO qui  nous a éclairé sur ces faits de pratiques esclavagistes . L’esclavage   dans SONI KARAA est  héréditaire ,  et on hérite ses esclaves , on hérite  la mosquée ce que  j’ai qualifié  tantôt d’assignation patronymique .Cette société   on reconnaît   dans la majorité des cas  un esclave par son nom de famille, un noble par son nom de famille ,  la répartition des taches ou des fonctions  est  à la lumière  de cette philosophie de suprématie  patronymique. Il faut noter  que les mariages  du fait  des assignations patronymiques  restent endogamiques , tout mariage  hors cadre  est sujet à des tensions , des agressions sur le couple  ou une des personnes  qui forment le couple  banni ,  les mariages  entre castes différentes  fait de la résistance   même chez ceux qui sont lettrés ou occidentalisés, il arrive hélas que certains couples  de castes différentes cèdent à la pression  familiale ou du village , d’autres une infime minorité  vivent leur vie  mais  toujours sous tension !Quant aux séquelles de l’esclavages   dans la communauté soninké parlons en ! Souvent quand j’entends certains arguments sur les séquelles de l’esclavage  ça sous-entend la forme douce  de la domination ou la forme acceptable. Pour caricaturer les séquelles  d’un accident voiture  ne sont pas  acceptables , les séquelles  d’une mauvaise intervention chirurgicale ne sont pas acceptables  même  si la victime échappe  à  la mort . L’absence de propriété  foncière selon le régime coutumier et féodal  dans  la majorité  des cas pour les komos   est une conséquence  de la pratique esclavagiste. Le fait que dans certains villages dont je tairais  toujours  la femme esclave  fait  la moitié du veuvage prescrit  par  le coran et  la Sunna ,le droit de cuissage bien que rare   mais existe dans la communauté soninke  , nous sommes  obligés  de taire  les noms de villages pour plus de  sérénité dans les débats . L’autre aspect  des séquelles des pratiques esclavagistes  que l’on peut  constater de nos jours c’est l’accès limité à la science religieuse, car dans  son instruction  religieuse  l’esclave appelé grossièrement « SERALANMA » ce mot est dérivé de l’arabe SHA’IR « poète », l’appellation  est parlante.

Selon les anciennes mœurs en la matière, venu pour les sciences il n’a droit que des poèmes clameurs à la gloire du prophète (sas) dit-on mais plutôt charmeurs pour les maîtres  dignitaires maraboutiques. Aujourd’hui   la société soninke est en pleine mutation, le mouvement  Ganbanaaxu fedde  qu’on l’aime ou qu’on le déteste    ça ne changera    rien   à la dynamique et à la nécessité à  des réformes. les réformes  ont commencé par ceux qui sont victimes des vestiges discriminatoires et ségrégationnistes conséquences de l’esclavagisme affreusement pratiqué d’antan .Concernant nos doléances ,  nous avons transmis deux courriers   au président de la république  islamique de Mauritanie  et   des communiqués  via  les réseaux  ont été établis  par notre cellule de communication  pour alerter les autorités .Nous avons eu des échos favorables mais  du côté de l’Etat mauritanien  mais  la main de l’Etat chancelle   quand les affaires de l’apologie de l’esclavage, d’expropriation  sur fond d’esclavage se présentent   ,  l’application de la loi se fait désirer .

L’application rigoureuse de la loi 031-2015  nous permet de garantir la paix sociale ;Les lois de la république l’emportent sur les  bon vouloir  d’un chef coutumier , d’un chef de clan  ,il devrait  être ainsi pas autrement    dans un Etat crédible .Lors du  6 Mars  2018 tenu  à Sélibaby , nous avons tous  entendu , « Le Juge Bâ Aliou, Président de la Cour spéciale de justice chargée des crimes esclavagistes de la Zone Est qui regroupe les deux Hodhs, l’Assaba et le Guidimagha, a largement expliqué le contenu de la Loi 2015-031 criminalisant les pratiques esclavagistes .»

Mais  ce qui laisse perplexe  c’est  de nous avoir annoncé  que sa cour ne compte que trois dossiers depuis 2015  sur l’ensemble du territoire ! Sommes nous sérieux   dans notre combat ou manque d’information ,les ONG ont leur part de responsabilité .

5 -Est-il vrai que les descendants d’extractions serviles ne peuvent être des imams, chefs de villages, peuvent se présenter difficilement à des postes électifs, ils ne sont pas enterrés dans les mêmes cimetières que leurs anciens maitres?

Dans nos villages  ou toute  entité  qui représente le village   la loi des castes et la féodalité  crachent le souffre pour caricaturer , entendez par là sèment la discorde .En effet dans nos réformes   , les  points mis en avant    c’est  aussi la gestion de l’imamat , suite   à mon entretien ave le conseiller   du président de la république  monsieur Sidney  Sokhona , je lui ai évoqué  notre  projet de société et les réformes que cela  nécessite  , il y va  dans l’intérêt de nos communautés respectives  surtout  à sensibilité manding ou sénégalo-guinéen  où ce système de castes  fait de la résistance .Quant à l’imamat nous ne voulons déposséder personne de sa mosquée,  ou le traîner  hors d’une quelconque mosquée ,  en matière  de  l’imamat nous voulons nous autonomiser  c’est  ce qui fait peur   au fond :construire nous même nos mosquées et y  prier  , nous aurions besoin de personne alors pour nous les gérer,  ni la bénédiction de personne  pas de cooptation patronymiques en ce sens  .

Celui   qui souhaite  venir est la bienvenue en frère de religion  , nous ne ruminons  ni haines , ni rancœurs  au nom  de la fraternité , nous ne cherchons  pas   à venger  nos aïeux usés , abusés  , abattus comme des lapins  pour certains  ,  enterrés  comme des piquets  quand ils étaient petit pour certains , des noms de  famille  changés pour certains ,  certains ont été déshérités . Pour la chefferie du village  , aujourd’hui un chef de village  ne pèse pas    dans la gestion du village  compte tenu de la proximité  de  l’administration , mais c’est un référent  coutumier  qui  demande  une réforme   et d’ailleurs sur ce point Ganbanaaxu fedde a été très longtemps caricaturé et incompris  , peut être cette incompréhension arrange certains donc volontairement  entretenue . Ce que  nous proposons dans notre débat de société  et que  les tenants de l’ordre  féodal  se rassure , poser un débat de société  cela ne veut pas  dire décréter   un ultimatum  pour la fin de la chefferie des villages , cette  chefferie  , nous la voulons autrement  et pour cela nous avons recours  au droit d’aînesse  sans  condition patronymique , de sorte les plus âgés de tout le village soit notre chef coutumier à nous tous .On peut y adhérer ou ne pas  y adhérer  mais c’est un débat de société .Aujourd’hui  seule une seule lignée ou quelques familles  ont droit à la chefferie , on avance des justifications historiques ou généalogiques mais  tous ces arguments  ne sont plus adaptés  vu le nombre de frictions , de tensions .

Pour solidifier les liens  je crois que nous devrions choisir  ensemble notre référent coutumier , les modalités de désignations  de notre chef  coutumier   natif du village  ou descendant des natifs  du villages  sur le critère de l’âge  , en dehors des critères de l’âge d’autres  critères peuvent être proposées mais le statu quo n’a pas d’avenir. Mais c’est  un débat de société qui ne devrait rendre personne nerveuse ni excitée. Quant à l’accès  des personnes descendants d’esclaves aux postes  électifs ,  au début des premières élections municipales  ont entendu des discours qu’on  croyait ne jamais entendre   même de la part de certains dignitaires connu par leur esprit d’ouverture ,  le cas  que l’on cite en exemple est celui de l’ancien maire de Bouanze monsieur DIO ,  que  j’ai rencontré personnellement chez mon cousin   à Sélibaby  il y a quelques années pendant qu’il était encore en fonction . Aujourd’hui  en Mauritanie  le premier parti politique est l’UPR   , parti au pouvoir  observons  les maires et les députés de cette entité politique ; beaucoup  d’entre eux toutes ethnies confondues  sont  issues de la  féodalités( et justifier  cette réalité seulement par le fait colonial  est maigre et aigre à la fois ) , donc  la promotion politique  des descendants  d’esclaves dans les  grands appareils politiques   méritent    un colloque , dans  tous les cas  une attention particulière . Pour la question  des cimetières   je n’ai entendu  qu’un ou deux villages dont  les ressortissants  m’ont  confirmés  cette pratique   honteuse  à peau dure ,soit c’est des  cimetières séparées ou  dans le même cimetière   , les nobles enterrés  à l’Est et les esclaves à l’Ouest  mais je préfère ici encore ne pas citer de village  compte  tenu de la sensibilité de cette question !

6 –Cette discrimination  touche des lieux de cultes et aux  morts, mobilise-t-elle des érudits Soninké dans le Guidimakha ?

En tout  cas  à mon niveau  depuis  mon jeune âge je n’ai jamais eu échos de la remise  en cause de cette réalité   , même pas  dans un sermon ni  dans une  conférence par un quelconque  érudit , cela ne veut pas  dire   qu’il n’y a pas  chez les érudits des gens  que cette réalité offusque  et interpelle .L’islam est une religion de réformes  donc tout  musulman sincère  devrait être progressiste !

7 –Beaucoup de conflits se sont déclarés dans les villages sur fond d’expropriations de terres ou mosquées, d’expulsions à l’exemple de: Diaguily, Coumbandao, Daffort, Bouanze, Oulouboni, Tachott  etc… tous ont le même point commun, le rejet des coutumes ou traditions  esclavagistes, pourquoi la loi n’a-t-elle pas été appliquée dans ces cas? 

Il faut  dire  à chaque fois   que  des litiges  de cette nature  arrivent  sur les bureaux des autorités régionales  l’aspect  esclavagiste  n’est pas mis en avant , donc les plaignants  doivent demander  une copie de leurs procès verbaux ou se faire accompagner  par quelqu’un sachant lire le contenu dudit procès verbal, refuser tout  compromis   et de demander  que la loi s’applique .La peur   ou sentiment qui consiste «  c’est sa terre » alors que  la loi    stipule  que   la terre appartient à celui  qui la met  en valeur .Beaucoup de dossiers liés à l’expropriation  sont  en souffrance au tribunal de Sélibaby ,  les protagonistes   n’arrêtent pas de faire  des aller-retour    , des fois  ils passent toute la journée  dans la cour du tribunal   sans  un seul mot de la part des  autorités judiciaires , à part fixer  un autre rendez-vous !A Tachott Botokholo il y a eu quatorze expropriations , le représentant d’AMEES monsieur SIDIBE  Moro  à Tachott Botokholo  et Mr DIAGUILY TRAORE  représentant de AMEES à Sélibaby , ont  fait un travail remarquable , le préfet  en personne  s’est déplacé   si j’ai bonne mémoire  sur  les  quatorze seuls deux  expropriés se sont   présentés , parmi ces deux protagonistes  l’un  n’a pas pu avoir des témoins  c’est ce qu’exige le procureur de sélibaby,  le second lui  attend d’être convoqué  de nouveau par le  procureur de la république de Sélibaby.

Quant à  l’affaire de la mosquée  de Coumbado ,  la mosquée   est la mosquée de la communauté de Ganbanaaxu , ils veulent  la récupérer    pour y prier les vendredis   , cette décision est prise pour éviter  tout conflit dans le seul lieu de culte dédiée à la première du vendredi , je ne peux   pas donner plus de détails ,  la question est sensible et en cours   nous sommes vigilants quant aux derniers développements .La loi n’est pas appliquée parce que  toute plainte  sur fond d’esclavage indispose les autorités et la féodalité régionale qu’on l’admette ou pas   n’est pas  innocente  dans  le processus  foireux  des  plaintes ,  la logique  appliquée systématiquement  est   la suivante  négociation  , négociation  quand les arrange! Alors nous  avions demandé la négociation  quand nos frères de Ouloumbonni étaient  en prison   ,  de  l’argent a été collecté pour prolonger leur détention   à la prison  civile de Sélibaby  j’en  ai la preuve !

8 –La journée nationale contre l’esclavage et ses séquelles a été célébrée à Selibaby le 06 mars 2018, avez-vous l’espoir que la loi sera appliquée pour mettre fin aux conflits dans les villages qui risquent de dégénérer un jour?

La prise de conscience des victimes   augmente de jour en jour, nous notre credo à Ganbanaaxu fedde  est que nous n’allons jamais corrompre la justice de notre cher pays.

Oui j’ai espoir  que la loi  s’applique non pour se satisfaire  des démêlés judiciaires d’un quidam, mais au nom de la paix sociale les lois  de la république doivent  être appliquées  à tous, que les lois de la république l’emportent sur les coutumes féodales

9 – Une question politique, comment expliquez-vous que les partis politiques de la majorité au pouvoir comme de l’opposition, refusent souvent de parrainer  des candidatures de personnes d’extractions serviles lors d’élections ?

C’est  une question  de myopie politique et d’égoïsme, mais  à dire vrai  la politique est rude   c’est un combat de GLADIATEUR  ,  mais la politique c’est aussi  la gestion de la cité , comment ne pas se rendre compte  si on a une once de sincérité  qu’à l’assemblée  il y a un problème , qu’une couche  sociale  est absente , j’ai répondu en partie   à cette question en peu plus haut .La couche  d’extraction servile   est bonne  à être de la clientèle politique , du cheptel votant comme mentionné plus haut .C’est à la couche d’extraction  servile de s’organiser , sinon  attendre de la manne et de la caille d’un politicien  est une envie de suicide  politique et si vous échappez au suicide politique  vous plongerez dans un coma politique profond,    comme l’image du pot de gloria( une fois usé , il est bon à jeter)  évoqué à plusieurs  reprises  dans une de ses dernières émissions  par Mamadou WAGUI Korera , la couche  d’extraction servile  doit s’organiser  sans esprit de revanche mais de réformateurs.  L’un de nos objectifs prioritaires dans ce domaine, est d’éveiller et de promouvoir une conscience politique libre et citoyenne parmi nos membres.

10 – Avez-vous un message à transmettre au pouvoir, aux partis de l’opposition, les ONG et à la société civile Mauritanienne ?

Ganbanaaxu fedde a beaucoup de réformes  à mener pour le bien de SONI KARAA, nous n’avons de compte à régler avec personne , nous ne sommes pas  obsédés  par les filles de telles ou telles patronymes , nous  voulons   une société  de progrès, de fraternité ,la vraie fraternité !

Nous comprenons l’animosité des uns et des autres envers nous Ganbanaaxu fedde , nous disons  chaque  société à sa phase  de transition inéluctable , que les esprits  progressistes  conjuguent  leurs efforts  pour réformer notre SONI KARAA,  les anciennes us et coutumes  n’ont pas  la même teneur , les codes de valorisations sociaux  devraient être transférés   sur les mérites   au nom  de l’utilité  commune !

Ce que je peux  adresser  aux autorités mauritaniennes, en un  minimum de temps   beaucoup  de choses pourraient être  faites si l’arsenal juridique criminalisant  les pratiques de l’esclavage et séquelles est appliqué   sans reste. Et l’agence TADAMOUN devrait se pencher sur d’autres communautés pour la réalisation de certaines infrastructures  dans divers domaines ,bien qu’il y’a des zones prioritaires !

Aux partis politiques   , tous les enjeux  devraient être pris en compte dans les colloques et les débats , l’obsession de nos partis d’opposition    c’est le pouvoir  c’est pourquoi beaucoup de jeunes ne croient plus   en  leur   discours ,  il  y a trop  de querelles internes    stériles    bloquant ainsi  toute alliance  efficace . Le problème est que cette opposition  n’a pas la même priorité. L’opposition mauritanienne  a été minée par des opportunistes  et l’impatience de certains les a rallié  en catimini au pouvoir sans pouvoir l’assumer .Etre  avec  le pouvoir n’est pas en soi un défaut , à vouloir  être trop opportuniste  on devient moins crédible !L’opposition  devrait enterrer  à jamais la stratégie du boycott   on a vu  que cette stratégie a ramené avec elle certains  de nos  députés qui font honneur à notre hémicycle , et en a ramené d’autres ,  et j’ai rien dit !

La société  civile constitue   un immense espoir pour des milliers de mauritaniens, je souhaite  une société  civile   autonome  dans ses mouvements  qui n’est  tenue  par aucune fibre sensible. Restons constant dans nos principes, le combat pour la liberté et la dignité humaine demande  des sacrifices, de  la patience  et de la lucidité face  aux épreuves !

Mes salutations sincères et mes encouragements   à votre site  Guidumakha.com

L’équipe du site Guidumakha.com vous remercie d’avance d’avoir accepté de répondre à leurs questions.

Source : http://guidumakha.com/index.php/14-sample-data-articles/133-mauritanie-m-gaye-traore-president-armepes-france-repond-a-nos-questions-sociales-et-societales

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