Sécurité vs Liberté ?

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin.

 

 

Aujourd’hui la Tunisie et les Tunisiens font face à un monstre qui menace tout le pays. Le terrorisme a réussi à s’instiller voire à proliférer dans le quotidien de ce peuple qui a toujours eu la réputation d’être tolérant, hospitalier, ouvert et large d’esprit. Le terrorisme est venu déranger la paisibilité d’un pays connu de tous à travers des images de cartes postales qui montrent : les dunes dorées du Sahara, les eaux claires et turquoises des plages paradisiaques, les ruelles de la Medina, les dromadaires des oasis ; bref tout ce qui semble beau et exotique. D’ailleurs on a donné le nom de révolution du jasmin à une révolution qui a couté la vie à plus de 300 martyrs et qui n’avait rien à voir avec le jasmin.

Les attaques terroristes se multiplient et le monde entier semble être étonné face au nombre des Tunisiens faisant le « Jihad » en Syrie, Libye et en Irak. Des dizaines d’attaques terroristes visant les forces de sécurité et le smilitaires, des assassinats politiques et deux attaques terroristes visant des touristes sont venues déranger ce pays jadis si paisible.

Avec chaque attaque l’encre coule à flot, les « experts » font l’invasion des chaines de TV, des stations radios et occupent les unes des journaux pour donner des analyses et proposer des solutions, généralement sécuritaires oppressives, et les politiciens et  autorités multiplient les promesses et annoncent des mesures sécuritaires rigides pour mettre fin au cauchemar. Une fois le choc amorti l’indifférence, la nonchalance, la mollesse et le laisser-aller refont surface. En effet, et suite à la dernière attaque à Sousse le Premier Ministre a avoué l’existence de défaillances sécuritaires. Chose qui n’a pas été admise par le Président de la République qui dans son discours annonçant l’état d’urgence n’a raté aucune occasion pour blâmer les mouvements sociaux et les montrer comme la première cause de la montée du terrorisme dans le pays. Aucune autocritique et aucun aucune reproche n’ont fait partie du discours de BCE. Les vrais problèmes n’ont pas été abordés ; les vraies solutions non plus.Mais est ce que les solutions sécuritaires présentent la vraie solution au cauchemar que vit la Tunisie aujourd’hui? L’état d’urgence résoudra-t-il le problème?

 

Les Tunisiens sont   partagés  face à cette annonce de l’état d’urgence. Certaines personnes pensent que c’est la solution idéale pour gérer la situation et d’autres personnes voient que cela ne peut en aucun cas résoudre le problème. Ceci au contraire représenterait une menace aux acquis du soulèvement populaire qui a mis fin au régime du dictateur Ben Ali. Activiste comme je suis je fais partie du deuxième groupe.

 

Je ne pense pas que cet état d’urgence soit bénéfique ou que cela aurait des résultats positifs en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Le pays a déjà vécu un état d’urgence de 2011 en 2014 ce qui n’a pas empêché le terrorisme de venir s’installer en Tunisie et d’y proliférer. Mes craintes sont surtout liées aux questions du respect des droits humains et des libertés individuelles et collectives et croyez-moi mes craintes ne viennent pas du vide. Il ne faut jamais oublier qu’à l’origine de l’explosion sociale et politique  il y’avait  bien la révolte contre l’oppression et la terreur  qui nous ont été infligés , plusieurs décennies durant, par la dictature et le système policier implacable qu’elle a instauré.

 

Depuis l’attaque terroriste de Sousse et plus précisément depuis l’annonce de l’état d’urgence, il m’est devenu de plus en plus fréquent, d’être approchée par des personnes désirant m’alerter sur des violences policières subies par des citoyens tunisiens. Je citerai à titre d’exemples :

-Arrestation à Gabes d’un rappeur à la fin de son concert pour outrage à un fonctionnaire public  en exercice de ses fonctions. Le jeune homme critique le système et la police dans ses textes. Il comparaitra devant la justice dans les jours qui viennent. ( Pour plus de détails, cliquer ici).

-Arrestation à la Marsa d’un jeune homme  pour ivresse et détention d’alcool durant le mois du ramadan et sa condamnation à 3 mois de prison avec sursis pour atteinte à la pudeur. Pourtant aucun test ou analyse n’a été effectué pour prouver le taux d’alcoolémie.(Pour plus de détails, cliquer ici).

-Arrestation d’un médecin du coté de Bouselem Jendouba et sa condamnation à la prison ferme te une amende pour avoir filmé une descente de la police.( Pour plus de détails, cliquer ici).

– Arrestation  d’un jeune activiste à Djerba à cause de ses statuts Facebook critiquant le Président de la République et la police . Il comparaitra devant la justice dans les jours qui viennent.

– Agression policière à l’encontre du jeune Seifeddine Ben Aziza à Hammam Sousse lui engendrant des blessures graves et causant son entrée dans le coma.( Pour plus de détails, cliquer ici).

– Agression policière à l’encontre d’un serveur dans un café du coté de Kairouan et menace avec une arme personnelle.( Pour plus de détails, cliquer ici).

– Interdiction de voyager aux jeunes de moins de 35 ans dans le but de lutter contre le départ des jeunes Tunisiens pour faire le Jihad en Syrie et en Irak qualifiée par Human Rights Watch d’arbitraire. Des jeunes n’ayant rien à voir avec l’extrémisme ont été privés de leur droit au mouvement. ( Pour plus de détails, cliquer ici).

– Instrumentalisation de certains médias qui se sont lancés dans des discours réactionnaires caractérisés par l’éloge de l’ancien régime, l’allégeance aveugle au système en place et la critique infondée les ONGs qui ont osé  critiquer certains articles de la loi anti-terroriste ou celles qui tirent la sonnette d’alarme face aux bavures policières.( Pour plus de détails, cliquer ici).

Cela confirmerait les allégations qui prévalent de plus en plus quant à la multiplication des dépassements et des exactions que des citoyens feraient objet de la part des autorités censées les défendre. Cela confirmerait aussi les appréhensions que des sources concordantes commencent à exprimer dénonçant la prévalence d’un silence complice de la plupart des défenseurs des droits de l’Homme qui considéreraient, paraît il, qu’ils sont en alliance sacro-sainte, et donc n’acceptant pas la critique encore moins la dénonciation , avec divers syndicats de la police et des associations policières se prétendant respectueuses des droits humains et porteuses de la transformation de la police d’un outil de répression aux mains du pouvoir absolu en une police républicaine et citoyenne. Cet état d’esprit et la recrudescence des actions terroristes qui ont déjà fait plusieurs victimes parmi les agents de la sureté et les personnels de l’armée ont donc rendu de plus en plus problématique et difficile de parler des dépassements commis par des agents de l’ordre et de l’obligation qu’ont toutes les autorités, y compris celles chargées de la répression, de respecter scrupuleusement les droits humains et de s’interdire le recours aux pratiques constituant, selon les normes internationales, une atteinte caractérisée à l’intégrité humaine et à la dignité du citoyen.

 

En effet, bénéficiant de l’atmosphère emprise de crainte et de peur qui commence à s’installer dans le pays du fait de la montée du terrorisme et de son enracinement de plus en plus palpable, certains sécuritaires ont tendance à vouloir escamoter leur propre responsabilité et celle de leur corps dans la mauvaise tournure qu’ont pris les choses au cours des trois dernières années   du fait du traitement inefficace et parfois presque complice dont ont profité les terroristes.

 

Parmi les agents des forces de l’ordre, il y’en a même certains qui tentent de se repositionner sur la scène nationale et à récupérer des prérogatives, des pouvoirs et une autorité qui ne leur reviennent pas mais qu’ils avaient acquises du temps du dictateur déchu. Allant jusqu’à exagérer la menace terroriste certains agents, appuyés en cela par divers « experts » et même par des gens de la presse, en prétendant que la lutte contre la menace terroriste justifierait le recours- à titre exceptionnel, disent ils à des violences considérées comme interdites « en temps normal » comme la torture et les mauvais traitements ou les exécutions. Aujourd’hui l’acte de critiquer une violence policière perpétrée équivaut, dans les yeux de certains, à un acte de haute trahison.

Cette situation est vraiment très inquiétante puisqu’une large partie de la population est inconsciente du fait que c’est en abandonnant certaines de nos libertés et droits que nous les perdrions tous. Bref il ne me vient nullement à l’esprit l’idée de jouer à l’extrémiste, à l’inconditionnelle ou au jusqu’au boutiste mais je tiens à assumer autant que je pourrai ma tache de citoyenne imbue de liberté et toujours disposée à preter ma plime aux désihérités, opprimés et victimes de tout genre. Il est certain que ces agissements illégaux, inhumains et condamnables ne sont nullement le fait de tous les agents de l’ordre mais cela n’allège en rien leur gravité. Rien ne justifie la violence et les agressions.Je respecte le fait que les policiers doivent faire leur devoir et arreter les bandits, les terroristes et la malfaiteurs mais cela devrait se faire dans le respect des lois et des droits humains.

 

 

 

Commentaires
  1. ziari

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