Terrorisme en Tunisie: Est-il encore temps d’avoir confiance ?

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Les idées se bousculent dans ma tête mais les mots se tarissent. Que dire face aux horreurs que vit mon pays ? Comment exprimer une peine et une douleur si profondes ?

 

Une deuxième attaque terroriste visant des civils innocents dans un hôtel à Sousse a succédé à celle du musée du Bardo survenue moins de quatre mois auparavant. Comment sécher les larmes et soigner les plaies ? Comment continuer à vivre normalement, feignant comme si de rien n’était ? Où puiser l’espoir et l’énergie necessaires pour continuer ? Comment oublier les douleurs ? Comment se réveiller le matin sans voir se défiler devant ses yeux les images de victimes innocentes qui se sont faites tuées sur le sol de la Tunisie? Comment essuyer la honte de ne pas avoir réussi à les protéger ?

Les questions ne cessent de me tarauder.

L’éventualité d’une nouvelle attaque terroriste en Tunisie n’était pas exclue voire était prévisible. C’était prévisible puisque suite à la tragédie du Bardo les autorités se sont contentées de l’organisation d’une marche symbolique à la mémoire des victimes et de l’annonce de quelques promesses qui n’ont jamais été tenues. C’était devinable puisque la volonté politique pour combattre le terrorisme n’a pas vraiment été au rendez-vous.

Maintenant le fait est là. Le terrorisme est une réalité qu’on ne peut plus ignorer. La situation est critique et il faut trouver les vraies solutions. Quelques heures après la tragédie, le gouvernement a annoncé la prise de mesures sécuritaires sévères  notamment la fermeture des mosquées dont les « imams » servent aux prieurs des discours haineux et font appels au ‘Jihad’ ainsi que le déploiement d’un nombre important de nos forces armées sur les plages réservées aux touristes. Une semaine après l’attentat, une nouvelle mesure vient couronner les autres. Le Samedi 4 Juillet 2015, le Président de la République  nous a livré  un discours alarmiste, déconcertant et effrayant pour décréter l’état d’urgence.Il a entre autres parlé de la possibilité de l’effondrement de l’état.

Mais s’agit- il des bonnes mesures et solutions pour faire face au monstre qui menace notre pays ?

Contrairement à ce que le croient beaucoup de personnes dans le monde, le terrorisme en Tunisie n’a pas commencé avec l’attentat du Bardo survenu le 18Mars 2015. Plusieurs militaires et membres des forces de sécurité ont déjà péri dans des attaques terroristes et ceci depuis 2012 et même avant. Nous avons aussi eu deux assassinats politiques liés au terrorisme et un peu plus d’une centaine de personnes vivent sous la sécurité rapprochée de la police suite à la réception de menaces de liquidation. Cependant et malgré tous ces développements aucun des gouvernements qui ont eu le pouvoir tout au long de cette période n’a vraiment œuvré pour résoudre ce problème.

Il y’a même des gouvernements qui ont permis au terrorisme de s’instiller dans notre société. C’est surtout durant la période du gouvernement de la Troïka que le terrorisme a connu ses jours de gloire. En effet durant cette période là, les terroristes ont eu toutes les conditions favorables pour infiltrer la société tunisienne et s’y enraciner solidement. Des mosquées anarchiques ou des prêches puant la haine et les appels au meurtre et au jihad ont pullulé un peu partout dans le pays grâce à l’indifférence complice des autorités ; des prédicateurs venus des pays du pétrodollar ont été chaleureusement accueilli par nos politiciens de l’époque et ont pu sillonner tout le pays librement pour diffuser leurs idées obscurantistes et rétrogrades ; des dizaines et des dizaines de personnes impliquées dans des actions terroristes ont pu jouir d’une amnistie. D’autres arrêtées pour des motifs terroristes ont pu profité du laxisme des autorités et ont pu œuvré dans l’impunité ; et la liste est encore très longue.

 

Aujourd’hui chacun blâme les autres et les accuse d’avoir permis la montée du terrorisme mais personne n’arrive à faire son autocritique et à mettre le doigt sur les vrais problèmes pour chercher les bonnes solutions.

Les islamistes de la Troïka blâment Ben Ali et son ère répressive. Les politiciens de Nidaa Tounes (l’Appel de la Tunisie), parti majoritaire dans les dernières élections et aujourd’hui au pouvoir, blâment les islamistes tout en oubliant que les deux mouvances politiques semblent vivre une lune de miel.

Dans son discours pour décréter l’état d’urgence le président de la république tunisienne a avancé plusieurs raisons résidant derrière une telle décision à l’exception de l’échec de son gouvernement et de ses politiques. Il a surtout met l’accent sur le danger des mouvements sociaux et a mentionné les difficultés géopolitiques mais n’a point parlé des échecs sécuritaires admis par son Premier Ministre quelques jours auparavant dans une entrevue à la BBC. Monsieur le Président de la République Tunisienne a omis de parler des vrais facteurs qui ont engendré la situation actuelle. Il a oublié de citer l’échec de ses prédécesseurs  et le sien dans la réalisation des objectifs de la révolution. Il a oublié d’évoquer la déception d’une jeunesse qui avait beaucoup d’espoirs après la fuite du dictateur et qui se sent aujourd’hui trahie par tous ; une jeunesse fragilisée et facilement manipulable par les laveurs de cerveaux. La situation des régions marginalisées où les recruteurs chercheraient leurs victimes potentielles n’était pas à l’ordre du jour. Quant à l’échec du système sécuritaire et l’éventualité de son infiltration par les groupes terroristes il ne faut surtout pas en parler.

Comme à chaque fois on nous a leurrés avec des paroles et des promesses. Comme d’habitude les solutions proposées n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Ce n’est ni la fermeture des mosquées incontrôlées par l’état ni le déploiement des policiers sur les plages qui vont arrêter les terroristes aujourd’hui. Encore moins un état d’urgence que nous avons déjà vécu de 2011 en 2014 et qui n’a pas empêché le terrorisme de gagner du terrain en Tunisie.

Lorsqu’on est atteint d’un cancer de la peau ce n’est pas une pommade et quelques comprimés qui vont arrêter la maladie mais c’est plutôt l’extermination des cellules cancéreuses qui fera l’affaire. Quand on fait face à un monstre et un danger éminent comme le terrorisme ce ne sont ni des promesses ni des mesures inefficaces qu’il nous faut mais nous avons plutôt besoin d’une vraie stratégie qui englobe tous les aspects du problème. L’aspect sécuritaire est certes très important. Cependant il ne faut pas oublier les aspects économique, social et culturel. La question que je me pose aujourd’hui est : Est il encore temps d’avoir confiance ?

Si elle n’est pas accompagnée d’actes la confiance ne vaut rien.

 

 

 

 

 

 

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