La société civile saura-t-elle gagner la bataille encore une fois?

En Tunisie tout le monde, ou presque, reconnaît que c’est grâce à la société civile que de belles batailles  pour la démocratie et les droits de l’homme ont été gagnées.

Avant le 14 janvier 2011  la résistance contre la dictature de la corruption a, en effet, été maintenue vive par des militants droits-de-l’hommistes et syndicalistes puis menée jusqu’à son apogée par les jeunes diplômés en mal de travail et les activistes 2.0 essentiellement.

Cela ne veut nullement dire bien évidemment que  ni des militants politiques ou syndicalistes ni d’autres forces sociales comme le corps des avocats n’y ont nullement participé.

Mais il est bien admis que le mérite de la résistance ainsi que celui de l’organisation et de la mise en œuvre du ras-le-bol revient, en effet, à la société civile.

Après le 14 janvier 2011  et la mainmise sur le pays de forces obscurantistes déchaînées portées à bout de bras par différentes forces occultes toutes plus argentées les unes que les autres, c’est à commencer par des associations formelles et informelles et des militants et militantes non organisés que la résistance s’est développée jusqu’à balayer ou « dégager » un gouvernement notoirement responsable du blocage socio-économique du pays et de l’avènement de la violence sanguinaire, des débuts du terrorisme et des assassinats politiques.

C’est grâce à la société civile, entendue dans son sens le plus étendu cette fois-ci, que le rapt minutieusement orchestré contre la nouvelle constitution et le mode de vie » à la tunisienne » a été déjoué et mis à échec.

Présentement la majorité parlementaire et son « bâtard » de gouvernement (bâtard car fait de fil cousu et ne représentant pas cette majorité tout en la représentant) n’y vont pas par quatre chemins : ils restaurent ,au contraire, l’ancien régime à pleine vitesse et « inventent » d’autres voies pour l’enrichissement illicite, la mainmise sur les biens du pays par des malfrats de tout bord et ont entamé une guerre sans merci contre les représentations de la société civile ,les défenseurs des droits de l’homme ainsi que contre les syndicalistes les plus proches de la réalité sociale et la liberté de parole.

Aucune arme n’est épargnée. Mais c’est la manipulation par la peur qui domine. Manipulation rendue aisée par des médias de plus en plus vassalisés et une cohorte d’experts et de journalistes prêts à tout. Manipulation rendue aisée aussi par cette floraison de « syndicats policiers » tous plus virulents les uns plus que les autres. Toutefois la manipulation, même si  elle semble encore continuer à être leur arme préférée (Mais jusqu’à quand? N’oublions pas si vite notre histoire récente.) n’est point le seul fondement de leur stratégie. Au contraire tout est bon pour vite enterrer les grands rêves et les plus belles ambitions!

Une des tactiques les plus pernicieuses couramment mise en œuvre ces derniers mois est la manipulation par les textes, le putsch législatif. On ne légifère pas fonction des besoins que dictent la nouvelle constitution, les normes internationales couramment acceptées pour un pays en transition ou pour permettre la concrétisation des revendications de la révolution. On légifère pour  garantir l’impunité aux corrompus et aux tortionnaires, pour bien enterrer » définitivement et pour toujours » toute velléité de justice transitionnelle. On légifère ou l’on voudrait légiférer comme » au bon vieux temps», comme si de rien n’était et comme si l’on n’était plus dans le pays de la révolution de la dignité. On permet » aux forces armées » de tuer en leur garantissant l’impunité, on met en place de nombreuses instances (de lutte contre les stupéfiants, de lutte contre le terrorisme, d’accès à l’information…) mais l’on veille qu’elles soient toutes formelles et assujetties au pouvoir exécutif!

On légifère aussi en faisant fi des espoirs  d’engagement et d’horizons qui chantent nourris par la révolution, en oubliant que la constitution (dite comme étant une meilleure au monde!) a promis monts et merveilles aux jeunes et aux femmes, et en s’évertuant à s’inféoder la justice. La parité? Oubliée! La consolidation des acquis de la femme? Reportée ou plutôt à rediscuter! La lutte contre la torture? Incompatible avec la lutte contre le terrorisme!

Et l’on ose même se ruer sur les organisations de défense des droits humains, nationales et internationales.

Par la calomnie tout d’abord. Des brûlots  accusant les défenseurs des droits humains de collusion avec le terrorisme sont de plus en plus publiés, des « animateurs  » qui s’époumonent  à longueur de soirées pour justifier la torture en affirmant qu’on est loin « d’être des citoyens scandinaves » ou en expliquant sur un ton de rigolade qu’une « bastonnade ce n’est pas la fin du monde ».

Et puis cette administration de l’Assemblée des représentants du peuple qui se croit habilitée à en interdire ou en régir l’accès pour les associations et les observateurs.

Toutefois toutes ces manipulations, ces manœuvres et ces tergiversations, si l’on y regarde de près, ne semblent pas vouées au succès.

S’y oppose, tout d’abord, une situation économique et sociale qui ne fait qu’empirer.

S’y oppose aussi cette corruption et ces trafics qui désormais ne cachent plus leur nom et trouvent même un malin plaisir à s’afficher publiquement.

Mais s’y opposent avec plus d’efficience et en balisant le moyen et le long termes ces mouvements qui commencent à se préciser par- ci par- là  comme celui lancé par « des jeunes de la révolution » qui s’opposent à l’approbation du projet de loi initié par le président de la république sous l’appellation douteuse de « réconciliation économique et financière »(un texte vidant de fait la justice transitionnelle de tout sens); S’y opposent aussi ces associations de la société civile qui ont appris à coordonner leurs actions ,à réagir ensemble, à prospecter ,prévenir et proposer collectivement et à ne plus se laisser marcher sur les pieds sans crier gare.

 

 

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En témoigne les conférences de presse  et les déclarations collectives tenues ces derniers temps pour s’exprimer sur des sujets aussi importants que l’accès à l’information ou la liberté d’expression, pour dénoncer l’impunité et la persistance de la torture  ou pour soutenir des revendications sociales.

Quelque chose est sûrement entrain de se profiler et la lame de fond ne manquera plus de déferler … encore une fois !

Pour s’en persuader il suffirait d’aller dans les régions, de marcher dans la rue ou de parcourir les portails, sites et pages d’associations comme la FTDES , la FIDH , l’OCTT, la FIDH ,Doustourna , Les Femmes Démocrates , l’OMCT , la LTDH et bien d’autres…

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