Tunisie: La torture un mal nourri par l’impunité!

Quelques jours seulement après le départ du dictateur  Ben Ali de la Tunisie, fuyant la colère, la fureur et la rage du peuple, on avait commencé à se laisser prendre  par les rêves d’un état juste et respectueux des droits humains où l’on peut toutes et tous  vivre décemment et dignement. Les réformes à entreprendre étaient certes multiples, complexes et toutes urgentes à réaliser. Cependant, on était plutôt convaincu que  la réforme des appareils sécuritaire et judiciaire  figurait en tête de liste. En effet, ces deux appareils représentaient les deux piliers porteurs  de la répression.

Dans une ambiance plutôt optimiste et bon enfant, l’on a cru voir des réformes du des systèmes sécuritaire et judiciaire commencer à se faire:  des syndicats de la police  se formaient des fois sur la place publique et avec le soutien des foules et la bénédiction des élites y compris des défenseurs des droits humains, des associations et des organisations pour la réforme et la surveillance des performances des appareils sécuritaire et judiciaire se distinguaient de plus en  sur les plateaux des médias  et dans les ateliers de formation et de débat…une fraternisation spectaculaire commençait à se plisser entre les agents de l’ordre et le commun des mortels y compris dans les quartiers sensibles et parmi les jeunes les plus récalcitrants. Et l’on a cru même que l’on a déjà commencer à vivre sous la  protection d’une police républicaine, se réclamant être au service du peuple et regrettant même son passé d’agent servile, féroce et vorace du dictateur.   Sortir de la poigne de l’état policier et se projeter dans un futur proche fait de démocratie, de développement  et de paix sociale était devenu plus qu’un rêve: une réalité qui se dessinait.

Qu’en est il à présent alors que l’on va commémorer  le cinquième anniversaire de la révolution?

Cinq ans après son avènement  de la révolution tunisienne alors que le monde continue à dire son admiration à la révolution tunisienne et à proclamer son soutien au processus de transition, très peu de tunisiens  semblent continuer à y croire et à vouloir se convaincre que la Tunisie a déjà tourné la page de la répression, de la corruption et de l’impunité et qu’elle était entrain de consolider ses pas sur le chemin de la démocratie. La plupart des tunisiens semblent, au contraire complètement sombrer dans le désespoir et s’abandonner au laisser-aller. Et comme pour les  enfoncer encore plus dans la scoumoune, les rapports et les chiffres qui sont de plus en plus régulièrement présentés par les organisations de la société civile semblent corroborer les sentiments, appréhensions et affirmations des pessimistes.

Un état des lieux s’impose donc. Surtout pour ce qui est du respect des droits basiques et de l’abandon (ou de la recrudescence) des vieilles pratiques répressives.

Commençons par l’horrible, le honteux et l’inhumain : la torture.

Certes la torture n’est plus la pratique systématique de l’ère de Ben Ali mais  elle persiste encore et est nourrie par l’impunité.

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Dans une conférence de presse tenue par l’Organisation mondiale Contre la Torture le 6 novembre 2015 sous le thème : » impunité= persistance de la torture “ayant couronné  la visite d’une délégation de haut-niveau présidée  par monsieur Dick Marty, Vice- Président de l’organisation et  ancien procureur général suisse venue exprimer son inquiétude et sa préoccupation aux autorités, les constats et les données présentés ont été plus que choquants et n’ont fait que confirmer les dires de plusieurs autres organisations de la société civile qui ont déjà tiré la sonnette d’alarme à plus d’un titre et sur plus d’un niveau.

Malgré la révolution de 2011 et nonobstant ses promesses de réforme, la torture, les mauvais traitements et les morts suspectes dans des postes de police, des centres de détention ou des prisons persistent. Pire : les actes de torture et de mauvais traitements se multiplient au fil des mois.Les allégations de torture et  de morts suspectes ne cessent ne cessent d’ailleurs d’augmenter d’une semaine à l’autre. De même les craintes et peurs  des familles des victimes s’accroissent. Plusieurs d’entre elles n’osent plus porter plainte ou tendent à vouloir retirer leur plainte de peur des représailles. Selon l’Organisation Mondiale Contre la Torture, aucun des tortionnaires,  des responsables et des agents impliqués dans la torture n’a été jusque à ce jour  condamné. Les procédures légales et le traitement des dossiers restent lentes, longues et n’aboutissent jamais.

D’ailleurs lors de son entretien avec Mr Marty, le Ministre de l’intérieur tunisien n’a pas nié l’existence de cette pratique ; il a  au contraire promis de multiplier les efforts pour lutter contre cette pratique abusive reconnaissant ainsi la persistance  de ce fléau. Ce qui est pour démentir ces mercenaires  qui, se présentant comme des analystes politiques, envahissent les plateaux de TV et inondent les pages des journaux de propos démentant l’existence de ce fléau tout en oubliant qu’une telle démarche ne peut être que contre- productive puisque la persistance de la torture ne peut qu’aggraver les maux de la société.

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