Mali, faut-il interdire le voile intégral ou burqa ?

photo: seneweb

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Faut-il interdire le port de la burqa ou du voile intégral ? Cette question a servi de matière à un article publié dans le journal malien L’Informateur, une semaine après la sanglante attaque terroriste contre l’hôtel Radisson qui n’en finit pas de défrayer la chronique bamakoise. C’est un avis très courageux : pour le journaliste coupable de cet article, le gouvernement du Mali doit interdire le port du voile intégral. Pourquoi ? Parce que dans d’autres pays tels que le Nigéria, le Tchad, le Cameroun où sévit la secte Boko Haram, ce costume a permis à des filles kamikazes de dissimuler des explosifs. Et qu’à l’instar du Sénégal, du Congo-Brazzaville, du Niger, du Tchad, le Mali aussi doit l’interdire dans les milieux publics, en guise de mesure de prévention d’un acte terroriste. Il va jusqu’à faire intervenir un imam et maitre coranique selon lequel « le port de la burqa est une tradition musulmane, l’interdire serait une entrave à leur liberté, ce sont les narco-djihadistes qui souillent les symboles vestimentaires de l’Islam… »

Il faut tout de suite relever qu’il n’est pas à espérer qu’un tel sujet fasse débat au Mali, à plus forte raison qu’il arrive à l’hémicycle pour être soumis aux élus de la nation (les députés), tant il est vrai qu’il risque de créer, pour ne pas dire autre chose, un nouvel affrontement entre le gouvernement et le Haut Conseil Islamique et autres organisations islamiques. Surtout que la dernière expérience, avec le code de la famille en 2009, sous Amadou Toumani Touré,s’est terminée en queue de poisson pour le gouvernement qui a été obligé de reculer devant l’implacable rouleau compresseur déployé par le Haut Conseil Islamique (HCI) dirigé par Mahmoud Dicko, imam sunnite, surtout wahhabite. Depuis, le Haut Conseil Islamique a su ce qu’il pèse : beaucoup. Et depuis, nombre d’observateurs n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme, estimant que l’on se dirige vers, comme le confiait il y a deux ans l’anthropologue Moussa Sow à Jeune Afrique, un « islamo-nationalisme ». Pour dire les choses clairement, les dignitaires religieux comme l’imam Haïdara ou Mahmoud Dicko ont aujourd’hui beaucoup plus de légitimité que l’Etat central à partir du moment où ils sont arrivés à se positionner dans les domaines comme la santé, l’éducation. Mais le plus grand danger depuis une quinzaine d’années, est la montée en puissance de cet islam rigoriste, venu des pays du Golfe, et qui abhorre les confréries et pratiques maraboutiques.

On dira ce qu’on voudra, mais c’est le wahhabisme, financé par l’argent injecté par les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête, qui a imposé aux femmes cette tenue qui, contrairement à ce que dit l’imam, n’a rien à voir avec les tenues portées traditionnellement par les musulmanes aussi bien au Mali que dans le reste de l’Afrique sub-saharienne et ailleurs. Et pour aller plus loin, le wahhabisme est un schisme de l’Islam, qui revendique tant le dépouillement du dogme clérical que du culte des saints. Les wahhabites, en général, se croisent les bras en priant, pratique qui serait lié à l’imitation du prophète, lequel, dit-on, aurait prié comme cela un jour quand il avait mal au bras. Aujourd’hui encore, je suis bien en peine de comprendre ce qui justifie pour les wahhabites que l’on couvre une femme de la tête aux pieds, en plus du fait qu’elles sont rares, vraiment rares, les femmes qui choisissent elles-mêmes de se voiler intégralement. C’est-à-dire que c’est quelque chose, le plus souvent, qu’on leur impose. Certaines d’entre elles essuient d’ailleurs des quolibets dans les rues.

Aussi, faut-il faire observer que, sous cette tenue, n’importe qui peut ou se cacher, ou dissimuler des armes, en effet. Je me souviens encore de cette journée dans un marché, quand j’étais encore enfant, de cette femme voilée intégralement qui a été dénoncée pour avoir volée des habits d’enfants qu’elle a cachés sous son voile. Les exemples de cette sorte sont légions et ont aussi beaucoup contribué au rejet de ce costume dans la société malienne. Cela dit, on ne peut pas ne pas dire que cette question de l’interdiction de la burqa, même si elle n’est pas encore au centre des débats au Mali, est une boite de pandore. D’ailleurs, le simple fait d’en parler suscite de la part de certains des réactions épidermiques.

Boubacar Sangaré

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