Mali : IBK, être ou ne pas être président…

Photo: wikipédia

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« Chaque jour on vient me dire des choses pas vraies dans le but de me rassurer, alors que ce sont des mensonges qu’on me fait parvenir comme si tout est rose. Voir une seule fois vaut mieux qu’il te soit rapporté un millier de fois, et c’est ici que j’ai compris qu’on ne fait que me mentir »

Ces propos sont de Ibrahim Boubacar Keïta, le Président malien, qui a effectué une visite de six jours dans la région de Ségou pour prendre le pouls de la population dans cette partie du pays où, grand paradoxe, il reste encore beaucoup à faire en matière de développement, en comparaison de la capitale Bamako. Même si, sous nos latitudes, cela est un fait commun et banal. Mais ces propos du président Keïta sont tout sauf anodins, tant il est vrai qu’ils sont révélateurs de quelque chose d’assez inquiétant dans un pays où, quoi qu’on dise, la classe dirigeante semble faire bon marché de la misère dans laquelle patauge le peuple d’en bas, qui peine à manger deux fois par jour à plus forte raison penser à la hiérarchie des besoins selon Abraham Maslow. D’abord et avant tout, ces propos exhalent un sentiment de trahison. Trahison pour celui qui, du haut de son palais de Koulouba d’où il doit surveiller le pays comme le lait sur le feu, réalise au final qu’il ne sait rien de rien, et que, immense désolation, on le « gave » de mensonges.

De fait, à Bla, un cercle de la région de Ségou, la vraie vérité sur les conditions de vie des pollutions a été étalée devant le président Keïta, lequel n’en savait que ce que son entourage lui rapportait et qui était loin de la réalité. Un cercle où le kilowatt de l’électricité coûte 280 FCFA (8/24 heures), alors que les populations y vivent principalement de l’agriculture et de l’agro-industrie. Manque d’infrastructures routières, de centres de formation professionnelle, avec une jeunesse qui n’a pas d’emploi comme c’est le cas partout ou presque dans le pays. Ces problèmes soulignés par le maire de la commune ne sont pas parvenus à l’oreille du président. D’où sa colère.

On me dira ce qu’on voudra, mais tout cela n’a rien de surprenant. Et on serait même tenté de dire que ces propos d’IBK ne sont que du cinéma destiné à faire tenir ces populations, les faire rester dans l’espérance, elles qui, comme partout ou presque dans le pays, ne cessent de crier leur déception vis-à-vis d’un président dont ils étaient beaucoup à penser qu’il était celui qui est en mesure de «tirer le pays vers le haut ». Pour être clair, il est incompréhensible, vraiment incompréhensible, qu’un président de nos jours dise que son entourage lui aurait menti, alors qu’il avait donné des instructions. Cela d’autant que son ignorance de ce qui se passe ne saurait aucunement être une excuse, une garantie d’innocence. Quand les choses ne sont pas comme elles devraient être, c’est à lui, et à lui seul qu’on demande des comptes.

Mais, on comprend aisément qu’IBK, à l’instar de ses prédécesseurs, est entouré de gens dont les objectifs ne sont pas les siens. Qui ne sont pas prêts à se battre avec lui pour édifier ce pays. Et qui ne veulent que les postes, le pouvoir et les privilèges.

Il faut attendre de voir ce qu’il en résultera de tout cela. Soit IBK est le président, et ses instructions sont appliquées à la lettre sinon des sanctions sont prises. Soit il n’est qu’un chef d’orchestre, pour ne pas dire un saltimbanque qui a vraiment assez amusé le peuple.

Boubacar Sangaré

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