Mali, l’imam Mahmoud Dicko dans de beaux draps

Mahmoud Dicko (C), head of Mali's High Islamic Council prays on August 12, 2012 in Bamako during a giant peace rally in Mali. Up to 60,000 people gathered Sunday for a giant peace rally in Mali, a country split in two after Islamists wrested control of northern desert regions after a March coup in the capital Bamako.  The meeting for "national peace and reconciliation" in Bamako's main stadium was called by the country's top Muslim body and drew several key politicians including Prime Minister Cheikh Modibo Diarra. AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE        (Photo credit should read HABIBOU KOUYATE/AFP/GettyImages)

L’actualité au Mali a remis sur le devant de la scène Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil Islamique (HCI). Après une interview accordée à la radio, La Voix de l’Amérique, le lundi 22 novembre 2015, il est au centre d’une polémique qui n’est pas près de connaitre un instant de répit, créant du coup ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Mahmoud Dicko. » Interrogé sur le terrorisme, Mahmoud Dicko dit que l’Islam interdit aux musulmans de tuer et que les terroristes qui tuent sont tout sauf des musulmans. Mais, il va plus loin jusqu’à évoquer l’affaire des caricatures du prophète en parlant de « ces puissances du monde qui se sont attaquées au Prophète (PSL) jusque dans sa tombe. Lesquelles vilipendent notre Prophète Mohammed (PSL) et le caricaturent alors qu’il ne leur a rien fait. »

Il y a mieux. Mahmoud Dicko a aussi estimé, à propos de la sanglante attentat contre l’hôtel Radisson Blu, que « Ces gens nous ont été envoyés par Dieu à cause de nos comportements, car tout le monde sait aujourd’hui ce qui se passe chez nous ! Il y a actuellement dans notre pays des adeptes de Loufti (Gay, Lesbiennes), des bars et ce qui s’est passé n’est qu’une infime partie de ce qui doit nous arriver, et le plus dur est à venir ! »

Ce qui est désigné comme la seule ombre au tableau de l’interview de l’imam, pour Adam Thiam, éditorialiste au Républicain, c’est qu’ « il ne conclut pas sur la désapprobation. » Depuis, il fait face à une véritable levée de boucliers. Il lui est fait le reproche de faire « l’apologie du terrorisme ». Cette accusation, formulée par Bakary Mariko dans une tribune, a été reprise par le Procureur général de république Daniel Tessougué. Les mises au point de l’imam n’y ont rien fait. Au moment où l’on s’attendait à voir cette affaire passer à la trappe, Mohamed Kimbiri, premier Secrétaire à l’0rganisation du Haut Conseil Islamique du Mali, vient y ajouter son grain de sel en répondant aux attaques dont Mahmoud Dicko est la cible.

Les propos de Mahmoud Dicko me font penser à ceux d’un prêcheur que j’écoutais il y a plus d’un an, au cours d’une prière de vendredi dans une mosquée. Pour ce prêcheur, si les guerres, la famine, les séismes, les maladies…s’abattent sur le monde comme des faucons fous, c’est parce que partout ou presque les hommes se sont détournés de Dieu, les hérésies se multiplient, les filles marchent nues dans les rues, la fornication « se légalise », les mariages se cassent en un clin d’œil. Il a ajouté que ce sont là les signes annonciateurs de la fin imminente du monde. Il ne s’est pas arrêté là. Il est allé jusqu’à dire que la pire des solutions est celle que les hommes semblent avoir trouvée : qui consiste à payer des armes pour se préparer à une éventuelle guerre… Pour ma part, au-delà de la folle concentration avec laquelle j’ai suivi ce discours, je n’ai pu me défendre de dire que voilà une analyse que les politologues et géopoliticiens doivent penser à intégrer dans leur grille de lecture ! Si pour eux, les Etats sont mus par une raison utilitaire et la plupart des guerres actuelles sont d’ordre géostratégique, le prêcheur pense le contraire : si le monde est en passe de ressembler à un « chaos dans le chaos », un « naufrage dans le naufrage », c’est parce que nous avons cessé de voir en Dieu la seule source de notre salut, avons transcendé les limites qu’Il nous a fixées, et avons transgressé ses interdits…

L’antidote que le prêcheur a donné pour éviter le chaos vers lequel se dirige le monde est le retour à Allah. Pour étayer ses propos, il a rappelé un épisode en Turquie. Le peuple avait déchiré des pages entières du Coran dans les rues. Le prêcheur explique que cela provoqua la colère d’Allah qui, furieux, créa un tremblement de terre.
Disons-le tout de suite.

Cette affaire est la preuve que, encore une fois, quelque chose ne va pas dans ce pays. D’une mouche, on fait un éléphant. Et, sans vouloir défendre l’imam, on ne peut pas ne pas dire aussi que c’est seulement une partie de ces propos qui a récupérée et qui lui vaut aujourd’hui sous le fouet des blâmes et critiques. Ce qui est désolant, c’est surtout la polémique qui s’installe dans ce sujet on ne peut plus passionnel.

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