Harcèlement sexuel: le Maroc tarde à prendre le taureau par les cornes

Ailleurs, dans le monde civilisé, les hashtags #balancetonporc et #Metoo sont en train de faire des ravages. Harvey Weinstein, le puissant producteur américain, est désormais persona non grata dans le monde du showbiz. Kevin Spacey, le célèbre usual suspect, a perdu son contrat avec Netflix après avoir tenté vainement de noyer sa pédophilie prétendue dans un coming out confirmé. Au Québec, Gilbert Rozon, le fondateur de l’empire humoristique Just pour Rire a démissionné suite à des plaintes à son encontre, et 500 plaintes contre des nobodies ont été enregistrées à Montréal en à peine trois semaines. En Suisse, Tariq Ramadan est dans de sales draps après la publication de témoignages de femmes qui étaient mineures au moment des faits. Mais au Maroc, ce mouvement solidaire peine à décoller, à croire que les agressions sexuelles n’existent pas chez nous. Pourtant, n’importe quelle Marocaine vous dira qu’elle s’est au moins fait pincer le mamelon par un passant en rentrant du lycée. Quant aux insultes non provoquées et les remarques salaces, on en a l’habitude : elles font l’effet d’un klaxon de voiture tellement elles font partie du paysage sonore urbain.

 

Mais pourquoi ce hashtag peine à prendre chez nous? D’abord parce que cela ne servirait à rien de porter plainte, ce n’est pas comme si nous bénéficiions d’une loi protectrice et la seule chose qui nous empêcherait de faire appel à la justice est le sentiment de honte. Il est vrai que l’article 503-1 du Code pénal punit le harcèlement sexuel, mais uniquement quand il est commis par un supérieur hiérarchique. Quid du harcèlement de rue? En 2015, on se posait déjà la question sur l’état d’avancement d’un certain projet de loi qui punirait à coups d’amendes et de peines de prison l’injure sexiste dans ses formes orales et épistolaires (par lettres ou SMS). Il y a quelques mois, Mustapha Ramid a affirmé qu’“projet de loi ‘complet’ qui criminalise les violences à l’égard des femmes, incluant pour la première fois le harcèlement dans les lieux publics, est en cours d’adoption au Parlement”. On attend toujours.

Du coup, une femme qui se rend au commissariat pour dénoncer une agression est considérée comme une perte de temps. C’est ce qui est arrivé à Malak Nahass il y a quelques mois à Rabat. La jeune femme raconte, dans un témoignage accordé au Washington Post, qu’elle s’est fait tripoter par un passant. Quand elle s’est défendue, il s’est vengé en lui balançant des pierres. Malak, atteinte à la tête, a dû subir cinq points de suture. Avec une preuve aussi évidente, elle a porté plainte auprès d’un commissariat de police. Mais après deux aller-retour pour suivre l’avancement de sa plainte, c’est elle qu’on a accusée de harcèlement.

 

Une bonne nouvelle ceci dit. La Commune de Casablanca vient de mobiliser 850 millions de dirhams pour mettre en place un réseau de 1000 caméras de surveillance. Ailleurs, dans le monde civilisé, ces dispositifs s’avèrent très utiles pour élucider des cas de viols et d’agressions sexuelles. Au Maroc, c’est aux “délinquants, pickpockets et agresseurs à main armée” que la presse pense en premier, même si les autorités arrivent déjà à les arrêter avec des moyens “primitifs”. A croire que les agressions sexuelles n’existent pas chez nous.

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