Le Musée de l’Immigration ouvre « les Frontières »

Le Musée de l’Immigration à la Porte Dorée de Paris propose une exposition didactique autour de la notion de frontière. Vidéos, témoignages, affiches de films, œuvres d’art- tel le Borne-frontière de Brancusi- documents historiques, œuvres littéraires et tableaux explicatifs tentent d’étayer et de répondre aux problématiques posées par l’application du terme dans la réalité. 

Une exposition d’actualité  
L’exposition « Frontière » plonge le visiteur dans le vif d’une actualité brulante. En effet, la question des frontières est depuis quelques années devenue omniprésente dans la presse et primordiale dans les affaires politiques des pays européens. En outre, la première œuvre présentée réalisée par Bruno Boudjelal montre plusieurs petits films capturés par des migrants lors de leur traversée de la Méditerranée. Les vidéos de harragas mis en avant par l’artiste plongent directement le visiteur au sein d’une réalité actuelle qui monopolise presque tout le contenu médiatique et politique.    
Les deux commissaires d’exposition, l’historien Yvan Gastant et Catherine Wihtol de Wenden, docteur en science politique, se sont attelés à la tâche dès 2011. Le but était de mettre en perspective « le rôle et les enjeux contemporains des frontières ». Mais un impératif c’est très vite imposé, semble-t-il, celle de rendre compte de l’actualité brûlante des migrants qui ont tenté, ces dernières années, de traverser la Méditerranée au prix de leur vie.
Une exposition pragmatique sur la notion de frontière, sur ses applications. C’est aussi une exposition qui met en lumière les entraves qu’impose l’existence des frontières aux déplacements humains. On trouve aussi du pathos et de la subjectivité à travers, par exemple, l’oeuvre photographique de Sarah Caron, Odyssée Moderne qui saisit la traversée du Sahara par des migrants subsahariens ou l’installation de l’artiste Emma Malig, Atlas In Fine II, qui reconstruit un planisphère mettant en parallèle/opposition les migrations des oiseaux et les déplacements maritimes des migrants .

Un point d’histoire centré sur la France et l’occident
L’histoire sur la création et l’utilisation du passeport en France insiste sur l’évolution de la mobilité des  hommes au long des siècles: « Jusqu’au XIXème siècle, il était plus facile d’entrer dans un pays que d’en sortir, car celui-ci maintenait, derrière ses frontières, ses contribuables et ses futurs soldats ».
D’autre part, les pertes et récupérations successives de l’Alsace-Lorraine par la France démontrent d’avantage la porosité des frontières – que l’on veut nous faire croire immuable. « L’européanisation des politiques migratoires » régie par les différents traités qui définissent l’espace Shengen est aussi expliquée et permet d’éclairer les dernières résolutions des pays, tels la France, la Belgique ou l’Allemagne qui ont renforcé les contrôles ou plus radicalement fermé leurs frontières.
Ce que montre cet accrochage c’est l’amnésie de l’Europe à propos de son propre passé migratoire. En effet, le mouvement des frontières et des populations européennes au long de l’histoire fait totalement écho aux migrations actuelles. C’est une exposition qui montrent les enjeux et les conflits du passage de la frontière, selon les pays, les époques, les hommes. 

Des murs-frontières, une mer-frontière
Quatre murs matérialisants une frontière, sur la cinquantaine existants dans le monde, sont présentés dans cette exposition. Il s’agit de constructions humaines gardées par des hommes armées.
À l’époque de la grande muraille de Chine ou du mur d’Hadrien, les murs frontières étaient une réponses aux invasions « barbares », autrement dit, invasions guerrières. Quand est-il aujourd’hui ? Le mur « Bush », par exemple, dont la construction a débuté en 2006, qui sépare le Mexique des États-Unis est une réponse non à une invasion guerrière mais à une migration de peuplement, déterminée par des raisons économiques ou à cause de violences sociales et urbaines. Ce mur est aussi présenté comme un rempart au trafic de drogue.
Ces murs démontrent le besoin pour certains états d’affirmer leur souveraineté, empiétant ainsi sur la liberté de circulation, cloisonnant des populations dans un territoire défini qu’il est presque impossible de franchir – jusqu’à la chute du mur, qui arrive inexorablement un jour ou l’autre. Des familles se trouvent ainsi séparés sur plusieurs générations. Les quatre murs présentés créent des enclaves de population et « illustrent le besoin de certains États de réaffirmer leur souveraineté avec force ».
Les murs remplacent la mer et inversement. La mer Méditerranée donne depuis quelques années un spectacle morbide au monde. Mais ils semblent que ces tragédies n’affolent pas tant les dirigeants politiques. Pas besoin de mur, le job se fait, la mer justifie la fatalité de l’exil.

Une exposition utile
Cette exposition est un réel cours d’histoire et de géographie sensible qui devrait inspirer les professeurs pour leurs sorties scolaires. Les réponses aux questions posées ne sont pas données. L’exposition a bien sûr une orientation – mais qui semble naturelle: parfois, la réalité ne peut être modifiée.
Le caractère absurde de la frontière tient en sa perméabilité mais aussi en ce qu’elle dépasse l’entendement humain. Elle pose un obstacle à la liberté d’action – à l’individu même. Les témoignages rassemblés, les œuvres littéraires, photographiques ou plastiques vont dans ce sens. Un extrait du film «Les chiens contrebandiers» de Georges Hatot, montrant des trafiquants faire passé des chiens du territoire espagnol au territoire français, chargés de contrebandes, illustre parfaitement la porosité qui pousse à l’absurde l’idée de frontière. Le rôle des frontières change en fonction de l’époque, des politiques et des besoins.

Une exposition à voir jusqu’au 29 mai 2016

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *